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Le journal de la communauté universitaire ÉDITION DU 29 SEPTEMBRE 2011
Volume 47, numéro 5
 

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Ceci ne tuera pas cela

Toujours à la page malgré l’omniprésence du numérique, le livre papier est là pour rester

Par Renée Larochelle

Dans le second chapitre de Notre-Dame de Paris, immense roman écrit en 1831 et dont l’histoire se déroule au Moyen Âge, Victor Hugo exprime une théorie selon laquelle le livre tuera l’édifice. L’architecture, qui constitue depuis des siècles un livre ouvert pour le peuple – qu’on pense justement à la cathédrale de Notre-Dame de Paris et à ses vitraux qui racontent l’histoire sainte – va céder le pas au livre. «Ceci tuera cela […], écrit Victor Hugo. Le grand œuvre de l’humanité ne se bâtira plus, il s’imprimera.» À l’ère d’Internet, le livre numérique tuera-t-il le livre papier?

À cette question, René Audet, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en littérature contemporaine et conférencier au colloque sur les cultures numériques qui a eu lieu récemment au Musée de la civilisation, répond par la négative. «Il y a des secteurs moins menacés que d’autres, explique-t-il. Par exemple, les gens vont continuer à acheter les livres en format poche, à cause de leur coût très bas. Même chose pour ce qu’on appelle les beaux livres, souvent très illustrés, ainsi que les collections comme La Pléiade qui trouveront toujours preneurs. Le secteur qui risque davantage d’être bouleversé est celui du milieu de gamme dans lequel on trouve les ouvrages grand public et les gros romans de plusieurs centaines de pages.»

Un travail progressif
Ce n’est pas la première fois que le monde du livre connaît des bouleversements, de rappeler René Audet. Le livre tel qu’on le connaît aujourd’hui est une invention du Moyen Âge. Avant l’invention de l’imprimerie au milieu du 15e siècle, le livre est un manuscrit que des scribes recopient, assistés par des miniaturistes, des enlumineurs et des calligraphes. De la même façon que ces corps de métiers ont changé ou sont disparus, le métier d’éditeur tel qu’il était avant l’arrivée du livre numérique n’est plus le même, alors que des milliers d’auteurs se tournent vers Internet pour publier leurs livres. Car si les pratiques de lectures ont changé, les pratiques d’écriture se modifient également. On voit ainsi des auteurs travailler directement sur leur site, en une sorte de travail progressif pouvant être modifié à tout moment. 

Fracture numérique et construction des identités
Tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes avec le livre numérique? «Oui et non, indique René Audet. Le numérique ouvre des portes, mais il pose en même temps le problème des droits d’auteur, comme c’est le cas pour la musique en ligne. Il y a aussi tout le problème des gens qui ne possèdent pas d’ordinateurs et qui, donc, se trouvent en retrait de ce courant. Enfin, la question de la construction des identités sur les réseaux sociaux est inquiétante. Par exemple, les gens ne saisissent pas toujours que ce qui apparaît sur Facebook appartient à Facebook et que les photos de beuverie qu’ils ont un jour affichées sur leur site pourraient bien les rattraper et leur causer du tort, auprès de futurs employeurs, par exemple.»



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