L’histoire de l’Univers est celle de la matière qui s’organise, rappelle l’astrophysicien Hubert Reeves
Par Renée Larochelle
L’Univers est-il fini ou infini? Sommes-nous seuls au monde? Dieu existe-t-il? Les questions adressées par le public à l’astrophysicien Hubert Reeves après qu’il eut prononcé sa conférence sur le thème «Cosmos et créativité» volaient bien haut, à des années-lumière du ras des pâquerettes. On se rendait compte qu’il s’était passé quelque chose dans l’amphithéâtre Alcan rempli à craquer du pavillon Adrien-Pouliot, en cette soirée pluvieuse du 4 mai. Mais quoi? Était-ce le fait d’entendre parler d’un monde plus grand que soi, de tout ce mystère qui nous environne et auquel nous avons si peu de réponses?
Une chose est certaine: lorsqu’un scientifique et vulgarisateur de la trempe d’Hubert Reeves nous fait monter dans son vaisseau pour nous faire respirer un peu de poussière d’étoiles, on en ressort forcément en état de choc. «Notre galaxie, la Voie lactée, compterait ainsi plus de cent milliards d’étoiles, a affirmé le conférencier – invité de la Chaire publique ÆLIÉS – pendant que défilaient sur écran géant des images époustouflantes de l’espace. Mais la Voie lactée ne serait qu’une galaxie parmi les centaines de milliards qui peuplent l’Univers.»
En 1925, l’astronome américain Edwin Powell Hubble fait une découverte majeure: le mouvement des galaxies n’est pas aléatoire mais organisé. Les galaxies qui sont proches de nous s’éloignent lentement tandis que celles qui sont loin s’éloignent rapidement. En somme, l’Univers est en expansion. Cette théorie a permis de soutenir la thèse du fameux Big Bang, considéré comme le temps zéro de notre Univers, il y a environ 13,7 milliards d’années.
Des rencontres créatrices
«L’histoire de l’Univers est celle de la matière qui s’organise, dit Hubert Reeves. Au début de tout, il n’y a rien: pas de galaxies, pas de planètes, pas d’atomes. De la même manière qu’avec des lettres, on fait des mots, des phrases puis des paragraphes, la nature va organiser des structures de plus en plus complexes. L’être humain résulte de plusieurs rencontres créatrices, comme c’est le cas de la formation de l’eau ou du sucre, par exemple.» Et le conférencier d’entretenir l’auditoire suspendu à ses lèvres de la combinaison magique du hasard et de la nécessité. Si la nécessité ne produit que de la monotonie, le hasard, lui, introduit le chaos. Avec le résultat qu’il n’existe pas deux flocons de neige semblables ni deux personnes identiques sur la Terre. «Nous sommes dans un gigantesque organisme, a lancé Hubert Reeves. Les quarks et les électrons, dont le corps humain est composé, étaient déjà présents au début de l’Univers, à la seule différence qu’il s’agissait de particules libres dissociées, comme des boules sur une table de billard.»
À un autre niveau, les artistes créent aussi de la beauté à partir du désordre. Muni de ses tubes de couleur, un peintre comme Van Gogh associe le hasard aux règles de la peinture, son travail aboutissant à des toiles magistrales. De la même manière, Beethoven agence des notes à l’origine vides de sens qui résulte en une musique divine. Voilà des hommes qui ont travaillé dans des conditions très difficiles: si Beethoven était sourd, la santé mentale de Van Gogh était très fragile. «Quand on leur demandait pourquoi ils continuaient à travailler malgré le chaos, ces génies répondaient que la pulsion de créer s’avérait plus forte que tout. Ils faisaient ce que la nature a toujours fait, a souligné Hubert Reeves: ils embellissaient le monde. Chacun de nous a aussi cette possibilité d’embellir le monde, a conclu l’astrophysicien», déclenchant un tonnerre d’applaudissements de la part du public conquis.