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Le journal de la communauté universitaire ÉDITION DU 8 DÉCEMBRE 2011
Volume 47, numéro 14
 

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La parole est aux pauvres

La lutte contre la pauvreté commence par la lutte contre les préjugés, rappelle le travailleur social Marc De Koninck

Par Renée Larochelle

Les pauvres sont gros et sales. Ils gaspillent, jouent à la loterie, fument et se nourrissent mal. Le pauvres ne savent pas s’exprimer, gérer un budget, n’ont pas d’éducation et s’occupent mal de leurs enfants. Ils sont paresseux, manipulateurs et portés vers la criminalité. Ils n’apportent rien de valable à la société. Voilà une liste des préjugés qu’entretient généralement le citoyen ordinaire envers les pauvres. Loin d’être inoffensifs, ces préjugés portent un dur coup à l’estime de soi des mal-nantis qui finissent par être persuadés qu’ils ont moins de valeur que les autres.

Ces idées préconçues ont aussi une incidence sur le degré d’appui de la population aux mesures de lutte contre la pauvreté. Qu’on pense aux effets néfastes des discours des radios poubelles sur les «BS qui se font vivre par la société», pour ne citer que cet exemple. C’est le message qu’a livré Marc De Koninck, président du comité de développement social de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches et intervenant au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale, lors d’une conférence qui a eu lieu le 1er décembre au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack.

Avoir le choix
Aux quelque 200 personnes présentes, Marc De Koninck a parlé de certains mythes qui ont la vie dure, dont celui de l’incapacité des pauvres de s’organiser. Et de citer le cas de Simone, mère monoparentale de deux enfants de 13 et 11 ans et prestataire de l’aide sociale. «Si Simone achète un ordinateur et s’abonne à Internet, les gens vont dire qu’elle se paye du luxe, a souligné l’intervenant social. Si elle n’achète pas de cadeaux à ses enfants à Noël et résiste aux énormes pressions que nous subissons tous, on dira d’elle qu’elle est une mauvaise mère. Si elle fréquente régulièrement les banques alimentaires pour joindre les deux bouts, on dira qu’elle développe une dépendance et qu’elle n’est pas assez débrouillarde.»

Selon Marc De Koninck, le message que reçoit Simone est plutôt absurde. On lui dit qu’elle est une incapable mais en même temps, qu’elle peut s’en sortir si elle le veut vraiment. Cherchez l’erreur. «La pauvreté force souvent les gens à vivre au jour le jour, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement, a expliqué le conférencier. Les compétences et la bonne volonté ne suffisent pas toujours. Pour faire les bons choix, il faut d’abord avoir le choix.»

Une vie confortable?

Un autre préjugé prévalant parmi la population est qu’il suffit d’aller travailler pour sortir de la pauvreté. Pourtant, rappelle Marc De Koninck, près du tiers des personnes sous le seuil de faible revenu travaillent. Les emplois accessibles aux personnes peu scolarisées sont souvent précaires, peu attrayants, mal rémunérés, sans compter qu’ils n’offrent aucune protection. Que dire de cette croyance bien répandue que le Québec n’est pas le Tiers-Monde et que, même pauvre, la vie ici est confortable? «Les pauvres sont plus souvent isolées, plus souvent malades et ont une espérance de vie plus courte, souligne le travailleur social. Entre les communautés les plus défavorisées et les moins défavorisées, l’écart peut être de 14 ans.»   
   
Nous pouvons tous lutter contre les préjugés, estime Marc De Koninck. D’abord, en reconnaissant au fond de nous-même que nous ne détenons peut-être pas toute la vérité. Ensuite, en cessant de croire que nous connaissons les pensées, les intentions et la réalité de l’autre et que, par conséquent, nous n’avons pas besoin de l’écouter ou d’en savoir davantage sur ce qu’il est réellement. En somme, on doit croire que les pauvres ont non seulement quelque chose à dire, mais que notre propre vie en sera certainement enrichie, de même que l’ensemble de la société.



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