Selon Denis Poussart, le fossé traditionnel entre les sciences naturelles et les sciences humaines se comble progressivement, et ce, au bénéfice des scientifiques et de la société
Par Yvon Larose
Quelque 800 000 articles scientifiques sont publiés chaque année dans le monde. Ce chiffre impressionnant montre à quel point la science est devenue une entité hypercomplexe. «Cette explosion des connaissances est notamment amenée par un décloisonnement radical entre les disciplines», explique Denis Poussart, professeur émérite du Département de génie électrique et de génie informatique de l'Université Laval.
Selon lui, la démarche scientifique a évolué. «Et elle poursuit cette transformation avec l’émergence de la complexité comme pivot central de tous les grands défis de société, souligne-t-il. On n’a qu’à penser à l’environnement. Un scientifique ne peut pas ignorer toutes les facettes d’une telle problématique. La nanorobotique est un autre exemple. Ce secteur de pointe se situe à la convergence de la nanotechnologie, la biologie, l’informatique et les sciences cognitives. La science moderne est la science du complexe.»
Le samedi 28 janvier au pavillon La Laurentienne, Denis Poussart a prononcé un discours sur le thème «Où va la science?» dans le cadre du 3e Colloque Charles-De Koninck. «La complexité de la science moderne est due au rapprochement entre les sciences qui étudient la nature au sens large et les sciences humaines, indique-t-il. Le fossé traditionnel entre les unes et les autres est en train de se réduire. Dans les sciences humaines, la complexité du sujet a toujours été présente. Davantage que dans les sciences naturelles où, selon la démarche classique, le sujet était étudié isolément.»
Selon Denis Poussart, le passage des sciences naturelles classiques aux sciences naturelles modernes s’est produit avec, entre autres, l’émergence de la physique quantique. Mais aussi, de façon plus générale, avec le besoin d’assumer une vue bien plus holistique où un grand nombre d’aspects et de points de vues doivent être envisagés. «Ces aspects et points de vue sont interreliés, dit-il, et souvent de façon en apparence inextricable. C’est l’émergence de la science complexe.»
La complexité, un amplificateur de possibilités
Rapprocher les sciences naturelles et humaines, cela crée du doute et de l’incertitude, et fait réaliser que rien n’est précisément prévisible. «Le grand paradoxe, poursuit Denis Poussart, est que la complexité, cette source de difficultés qui met au défi les scientifiques, constitue aussi la source primaire de la vitalité, de la créativité et du dynamisme, que l’on voit également exploser.»
La technologie est un superbe exemple de cette quête des interactions qui caractérise la créativité scientifique d’aujourd’hui. «La créativité n’est pas tant dans les choses que dans leurs liens, affirme Denis Poussart. La plupart des technologies modernes correspondent à des arrangements innovateurs d’éléments déjà connus. C’est le cas du téléphone intelligent iPhone. C’est comme ça qu’on crée quelque chose de nouveau.»