Annie Roy et Pierre Allard, lors du vernissage de Change, une exposition qui retrace le chemin parcouru par ce duo iconoclaste.
Photo: Marc Robitaille
L’Action terroriste socialement acceptable (ATSA) tient boutique à la Galerie des arts visuels jusqu’au 16 octobre
Par Julie Bouchard
Cela fait un peu plus de 12 ans qu’Annie Roy et Pierre Allard posent des «actions terroristes socialement acceptables» dans la ville, que ce soit à Montréal, à La Havane, à Vancouver, à Calgary ou à Québec. Douze ans que les fondateurs de l’ATSA dénoncent l’inacceptable et l’injustice. Douze ans qu’ils se battent avec les moyens du bord pour changer un monde toujours au bord du gouffre. Douze ans qu’ils partagent leur vie avec ceux et celles que personne ne veut voir – les pauvres – et qu’ils se buttent aux craintes de faire les choses autrement. En 2008, ils ont dit «stop». Du moins pour un instant, le temps de monter le projet Change et de le mettre en marché, comme on commercialise un produit de consommation courante. Maintenant en tournée, Change s’arrête à la Galerie des arts visuels jusqu’au 16 octobre.
Il y a de tout pour tous les goûts – et toutes les bourses – dans Change, qui n’entre dans aucune catégorie connue. À moins que ce ne soit l’inverse: le projet brouille les cartes en s’installant à la frontière des genres. On peut voir Change à la fois comme une exposition rétrospective, une boutique-souvenir, une injonction et une intervention qui oscillent entre l’art, l’activisme et le commerce. De son côté, l’exposition est instructive: elle retrace le chemin parcouru par Annie Roy et Pierre Allard au moyen d’artéfacts et de photographies, ce qui permet de jeter un coup d’œil sur l’ensemble de l’œuvre, et surtout de prendre la mesure des actions de l’ATSA.
Se plier à la logique
Pendant ce temps, la boutique-souvenir joue son rôle en commercialisant des produits dérivés des interventions de l’ATSA. Tout ce qu’a fait l’ATSA est ainsi transformé en produits, et on ne voit plus très bien la limite entre art, commerce et activisme. Par contre, chacun peut satisfaire son petit terroriste intérieur en s’achetant une paire de bas de laine (pas chère du tout!) ou tout autre produit dérivé certifié ATSA. À noter que l’achat peut aussi se faire sur Change en ligne, ouvert 24 h sur 24, et que chaque achat encourage les projets de l’ATSA. Que l’on achète ou pas, l’injonction reste la même: «Change!» comme dans «Change tes habitudes de consommation et tout le reste aussi». Reste l’intervention, volontairement difficile à saisir. Est-ce de l’art ou du commerce? En mettant en vente leur propre production, Annie Roy et Pierre Allard épousent l’idéologie marchande, dont ils ne cessent de dénoncer les excès et les dérives. Comme le dit Annie Roy, «il est impossible d’échapper entièrement à la société de consommation», mais rien n’empêche de se plier à sa logique pour mieux la tourner en dérision!
Changes tranche avec les interventions antérieures de l'ATSA puisque le projet se tient en galerie, lieu peu fréquenté par les deux artistes, qui lui ont souvent préféré la rue. C’est d’ailleurs dans la rue que l’histoire de l'ATSA a commencé, en 1998. L’hiver approchait, les banques canadiennes accumulaient des profits faramineux, le nombre d’itinérants ne cessaient de croître. Et le Musée d’art contemporain de Montréal parlait d’art public sans lui faire de place, ce qui constitua la goutte qui fit déborder le vase Roy-Allard. Avec la complicité d’une grue mécanique, ils déposèrent un «guichet automatique» de bas de laine devant le MAC, qui se préparait à inaugurer l’exposition De fougue et de passion. Publicisant leur coup d’éclat sous le titre De peine et de misère, Roy et Allard gagnèrent non seulement la sympathie des médias, mais aussi purent avoir pignon sur rue pendant deux mois, ce qui leur permis de distribuer pour plus de 15 000 $ en vêtements chauds aux itinérants. L’ATSA était née, envers et contre tous.
Change est présenté à la Galerie des arts visuels jusqu’au 16 octobre. La Galerie loge au 295, boulevard Charest Est (édifice La Fabrique). Heures d’ouverture: 12 h à 17 h du mercredi au dimanche.