Des informations comme celles diffusées par ce site Web expliquent en partie pourquoi la majorité des Américains doute des causes et de l'importance des changements climatiques.
Le discours tenu par les faux groupes environnementaux sème le doute dans les esprits sur les causes des changements climatiques
Par Jean Hamann
Même chaussée de gros sabots, la désinformation environnementale est efficace. C'est ce que concluent des chercheurs qui ont mesuré l'influence de sites Web qui, sous des allures de regroupements de citoyens, défendent les positions de l'industrie pétrolière sur la question du réchauffement climatique. Dans un article publié par le Journal of Business Ethics, Michelle Rodrigue, de l'École de comptabilité de l'Université Laval, et ses collègues Charles Cho (France), Martin Martens (Vancouver) et Hakkyun Kim (Montréal) démontrent que la consultation de tels sites Web sème le doute dans les esprits, même si l'information qu'ils contiennent est jugée peu fiable.
Cette forme de propagande, appelée astroturfing en anglais (en référence au revêtement synthétique des terrains de football et par opposition aux véritables regroupements de citoyens ordinaires, grassroots), contribue au fait que la majorité des Américains croient que les activités humaines ne sont pas en cause dans le réchauffement climatique alors que la communauté scientifique est presque unanime sur le sujet. Les organisations astroturf, créées ou financées par les pétrolières, véhiculent une contre-information qui remet en question le consensus scientifique, sème le doute sur les preuves et donne un porte-voix puissant aux rares voix discordantes.
Afin d'estimer l'efficacité de l'astroturfing, les chercheurs ont construit deux sites Web sur les changements climatiques: le premier reprenait les arguments de véritables groupes environnementaux et le second a été élaboré à partir de l'argumentaire de sites astroturf. Ils ont ensuite créé quatre variantes de chaque site en modifiant uniquement l'information concernant la source de financement du groupe: dons publics, dons d'une pétrolière, dons d'une fondation écologiste ou aucune précision sur le financement. Ils ont ensuite invité 205 étudiants de premier cycle en comptabilité à visiter l'un ou l'autre de ces sites en leur faisant croire qu'il s'agissait d'un test sur le marketing de causes sociales.
Les questions posées aux participants ont permis d'établir que ceux qui ont visité les sites astroturf doutaient davantage des causes et de l'importance du réchauffement climatique, même si l'information qu'ils contenaient était jugée moins crédible que celle des autres sites. Les sujets dont le niveau de connaissances sur les changements climatiques était moins élevé étaient les plus influencés, quoique même les férus en la matière affichaient moins de certitude que ceux ayant consulté les sites Web citoyens. Étonnamment, la source de financement du groupe n'a eu aucun effet sur les perceptions des participants.
Même si le message des sites astroturf est perçu comme moins crédible, il parvient tout de même à instiller rapidement le doute et la confusion chez les sujets, concluent les chercheurs. À leurs yeux, cette tactique qui permet à une industrie de revêtir l'habit du simple citoyen pour faire de la propagande d’entreprise est répréhensible à plusieurs chefs: l'information est livrée sous une fausse enseigne, elle utilise le dénigrement des preuves scientifiques pour servir des intérêts commerciaux et elle suscite la méfiance de la population quant à la véritable nature des groupes engagés dans la défense d'une cause environnementale.