Le 15 septembre 2005, lorsque le rideau s’est levé sur la première représentation du spectacle Show Math à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins, son concepteur-animateur Jean-Marie De Koninck avait une idée bien précise en tête: faire aimer les mathématiques aux jeunes. À la veille de remonter sur la même scène à l’occasion de la 100e représentation du spectacle, le professeur De Koninck n’est pas en mesure de dire si ce but a été atteint, mais il a au moins la satisfaction d’avoir livré son message à plus de 35 000 personnes.
   
Au dire du professeur au Département de mathématiques et de statistique, il s’agirait là d’une estimation très prudente. «Le spectacle attire toujours un minimum de 250 à 300 jeunes et nous avons déjà rempli des salles allant jusqu’à 1 100 places. Il y a une demande pour divertir autrement les élèves du secondaire, et Show Math répond à ce besoin, avance-t-il pour expliquer ce succès populaire. Sans compter que le spectacle a probablement un effet multiplicateur important parce que les enseignants qui assistent aux représentations repartent avec des idées stimulantes pour intéresser les jeunes aux maths.»
   
Show Math est un spectacle-conférence qui se situe à l’intersection des mathématiques, du multimédia et de l’humour. «Ce n’est pas un cours et le but n’est pas d’enseigner, mais tout simplement d’intéresser les gens et de les amener à considérer les maths autrement», insiste-t-il. Dans son format original, Show Math mettait en scène le professeur De Koninck et deux étudiants en mathématiques, le Duo Tang, qui y allaient de capsules humoristiques. «La représentation dure un peu plus d’une heure et les capsules occupaient environ 5 minutes. Comme il s’agit d’abord d’un spectacle, on a senti le besoin d’ajouter de l’humour pour maintenir l’intérêt des jeunes. Show Math compte maintenant une quinzaine de minutes de sketches et ce sont des comédiens professionnels qui les jouent. Ils développent le canevas de leurs interventions et nous validons les notions mathématiques qu’ils utilisent.»
   
Autre changement notable: le professeur De Koninck n’est plus seul à livrer Show Math. Ses collègues Frédéric Gourdeau et Jean-Lou De Carufel ont animé une cinquantaine de représentations jusqu’à présent. Le contenu du spectacle a lui aussi évolué et de nouveaux modules ont été ajoutés. «J’espère convaincre des mathématiciens de nous fournir du matériel qui servira à élaborer d’autres modules. Éventuellement, les gens qui nous invitent pourraient choisir à la carte les modules qu’ils souhaitent avoir dans leur spectacle.»

Ailleurs au Canada
Tout comme l’autre création du professeur De Koninck, l’Opération Nez rouge, Show Math semble être un concept exportable. En plus de sa tournée québécoise, le spectacle a été présenté au Nouveau-Brunswick, en Ontario et en Colombie-Britannique. «Une équipe associée à MITACS (un réseau national de centres d’excellence en mathématiques dont l’Université Laval fait partie) a traduit Show Math et l’a adapté pour les écoles de la Colombie-Britannique. Là-bas, le spectacle est entièrement présenté par des comédiens.»
   
Jean-Marie De Koninck et ses collaborateurs ont d’autres idées pour faire évoluer Show Math. Grâce à des fonds provenant du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, ils travaillent au développement d’un petit Show Math destiné aux jeunes du primaire ainsi qu’à la production de matériel pédagogique servant à préparer les élèves aux notions présentées dans le spectacle et à nourrir leur intérêt après coup. «Le Ministère est conscient que, pour maintenir la compétitivité du Québec dans une économie du savoir, il faut encourager les jeunes à envisager des carrières scientifiques le plus tôt possible dans leur cheminement.»
   
Cordonnier mal chaussé, le professeur De Koninck n’a pas encore de statistiques qui témoigneraient des retombées de Show Math sur le choix du programme d’études de ceux et celles qui ont assisté au spectacle. «Si, lors de chaque représentation, je parvenais à allumer l’étincelle pour les maths chez un seul jeune, je serais déjà content. Mais j’avoue qu’il serait intéressant de savoir chez combien d’entre eux l’étincelle est devenue une flamme.»