La communauté scientifique est aux prises avec un problème de taille: le nombre d’articles soumis aux revues avec comité de lecture augmente sans cesse alors que le temps alloué pour les évaluer diminue constamment. Pour composer avec ces contraintes sans que la qualité des articles qui sortent au bout de la chaîne en souffre — et sans y laisser son équilibre mental! —, il faut améliorer la productivité du processus de révision, estime Simon Duchesne, de la Faculté de médecine. Ce chercheur du Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard et son collègue Pierre Jannin, de l’INSERM en France, proposent une méthode pour y arriver dans une récente édition de la revue NeuroImage.
   
L’idée de créer cet aide-mémoire est venue de la propre expérience des deux chercheurs. «Nous étions submergés de demandes de révision, se rappelle Simon Duchesne. J’étais au postdoctorat et je recevais un article toutes les deux ou trois semaines. Comme le système d’arbitrage par les pairs repose sur la collaboration de chacun et que nous en profitons lorsqu’on soumet nos propres travaux, nous ne pouvons pas vraiment refuser lorsqu’un éditeur nous sollicite.»
   
Le facteur temps est aussi devenu un enjeu majeur dans le domaine de l’édition savante. «Le premier article que j’ai soumis à la fin des années 1990 m’a été retourné après une période de révision qui a duré 12 mois, se souvient le chercheur. Aujourd’hui, les éditeurs nous accordent de deux à trois semaines. Certaines revues encouragent même une forme de compétition entre réviseurs. NeuroImage, par exemple, envoie le même manuscrit à cinq ou six experts et seulement les commentaires des trois premiers qui répondent sont pris en considération. C’est une façon de faire qui est acceptée parce que tant les éditeurs que la communauté scientifique souhaitent une accélération du processus de publication.»
   
La méthode Duchesne-Jannin comporte une liste de 71 éléments que tout bon article devrait aborder. Elle s’inspire de 6 standards établis par des organisations scientifiques et des lignes directrices élaborées par 15 revues et par 6 conférences internationales arbitrées par des pairs. «C’est avant tout un aide-mémoire que l’on devrait consulter avant d’évaluer un article, souligne Simon Duchesne. Il ne s’agit pas de passer la liste ligne par ligne et de coter chaque élément.» Conçu pour le domaine de la neuroimagerie, cet outil peut être facilement adapté aux autres disciplines scientifiques. Les deux chercheurs souhaitent diffuser le plus largement possible l’existence de cette liste — on peut l’obtenir sur www.jannin.org/RCL — et les réactions pour l’améliorer sont bienvenues.
   
Plus une personne a de l’expérience en rédaction et en révision d’articles scientifiques, moins elle aura besoin de cette liste, estime Simon Duchesne. Pour les moins expérimentés, l’outil formalise l’exercice de révision et accélère l’apprentissage. Il peut aussi servir à rédiger des articles selon les règles de l’art, facilitant du coup le travail de révision! Les deux auteurs de la liste ne font pas de promesses quant au gain de productivité qu’on peut en espérer. «Par contre, affirme Simon Duchesne, nous avons personnellement constaté un gain au chapitre de la qualité des révisions que nous faisons.»