C’est une locution que l’on reprend souvent, mais sans toujours savoir à qui ou à quoi l’appliquer : « La valeur n’attend pas le nombre des années ». Locution qui, cet hiver, pourrait bien avoir trouvé sa raison d’être dans Banc d’essai,  5e édition, une exposition regroupant les travaux de quatre jeunes artistes en cours de formation à l’École des arts visuels.

Quatre jeunes artistes, donc. Et leurs noms promettent de s’inscrire durablement dans l’histoire de l’art qui s’écrira demain : Mireille Létourneau, Marie-Claude Gendron, Sévryna Martel- Lupien et Boris Dumesnil-Poulin. Ils ne sont qu’en deuxième année de formation, mais ils savent déjà s’approprier la surface, la texture,  la matière, la couleur, ou l’envers et les contraires pour se tailler une ouverture inédite, singulière et cohérente dans l’espace. Ils n’ont pas été choisis pour la ressemblance de leurs travaux; leurs travaux  n’ont pas été réunis en raison des liens qu’ils entretiennent ou auraient pu entretenir. Ces quatre jeunes artistes ont été choisis pour leurs talents, d’abord et avant tout, et pour le sérieux de leur engagement envers l’art.  

La 5e édition de Banc d’essai ne présente bien sûr pas tout des travaux de Mireille, Marie-Claude, Sévryna et Boris, mais ce qui est donné à voir est suffisant pour apprécier la cohérence et souvent la justesse de leurs démarches respectives.  

Mireille Létourneau dessine des livres et des estampes. Dis comme cela, on croira à l’errance ou à l’erreur, et on se trompera un peu. Quand elle verse de l’encre noire sur plusieurs épaisseurs de papier blanc, Mireille Létourneau n’est pas dans la possibilité de l’erreur, mais dans celle de la révélation.  En traversant les épaisseurs, l’encre se perd tout en donnant naissance à de discrètes compositions.  Du processus émergent des estampes qui ressemblent à de légères apparitions. Appliqué au livre, le même processus peut aussi conduire à la disparition progressive d’une trace qui semblait pourtant indélébile.

De grands os nus et nettoyés de toute chair. Un petit squelette surmonté d’un crâne de rongeur. Des morceaux d’écorces, des tranches de billots de bois, une bûche, des morceaux de plancher, de murs, une lanterne qui ressemble à une vessie, de petits cadres, de grosses bobines de laine… et dans un coin, un fauteuil qui n’attend que son visiteur. Nous sommes dans le monde de Sévryna Martel-Lupien, un monde qui emprunte son langage au cabinet de curiosité, mais où l’organique côtoie l’artificiel, et le naturel, l’imitation.

Ailleurs, on croit apercevoir un autel sur lequel aurait été dressé tout ce qu’une vie peut amasser comme témoin de sa propre existence. Ce n’est pas un autel, mais une collection protégée par des enveloppes de verre translucide : bocaux, vases, cloches de verre dans lesquels s’accumulent des objets qui, au quotidien, trouveraient un usage immédiat. Jouissant de la protection du verre translucide, ils trouvent une certaine éternité dans la délicatesse de Marie-Claude Gendron.

Boris Dumesnil-Poulin, c’est l’inattendu du dessin et de la sculpture. Ces dessins semblent être le fruit de la naïveté, alors qu’avec un minimum de moyens, ils mettent volontairement en jeu la matière et l’obstacle. Lui aussi, comme Mireille Létourneau, travaille dans la reprise et la continuité, et peut-être est-ce là un trait commun involontaire. Dans chacun de ses dessins comme dans ses amas de petites sculptures, Boris Dumesnil-Poulin brouille les pistes et détourne les questions qui pourraient survenir. Raconteur d’histoires, Boris Dumesnil-Poulin est surtout un bel embrouilleur du réel.

Présentée jusqu’au 14 février, Banc d’essai 5e édition s’ouvre ce jeudi, 21 janvier, à 17h30, sur une performance de Marie-Claude Gendron