Quand la doyenne de la Faculté des sciences infirmières, Diane Morin, a demandé aux médecins ayant déjà pratiqué avec une infirmière praticienne spécialisée (IPS) de se manifester, à peine cinq ou six mains se sont levées dans la salle où se tenait le récent congrès annuel du Collège des médecins qui réunissait environ 200 participants à Québec. Ce faible taux de réponse n’a pas étonné outre mesure Diane Morin qui y prononçait une conférence sur l’apport des IPS dans la pratique médicale au Québec. «La formation dans ce domaine n’a pas sa place si les médecins ne collaborent pas et n’intègrent pas les IPS dans leur équipe, a-t-elle rappelé aux médecins. Les infirmières ne veulent pas se substituer aux médecins, mais plutôt travailler en complémentarité avec eux afin d’améliorer l’accessibilité et la continuité des soins à la population.»

Les médecins qui doutaient encore de la qualité de la formation offerte aux futures IPS ont dû en prendre pour leur rhume en entendant la liste des cours qu’elles doivent réussir pour pratiquer à ce titre. En plus de la maîtrise en sciences infirmières (six sessions à temps complet), les étudiantes doivent en effet obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS). À l’Université, le programme d’IPS a démarré en septembre 2007. Dès cet automne, une première cohorte de 10 finissantes et finissants est prévue. Une fois diplômés, tous devront se soumettre à l’examen conjoint de l’Ordre des infirmières et infirmiers et du Collège des médecins du Québec. Là où le bât blesse, c’est qu’il n’y a que 75 IPS actuellement au Québec, comparativement à 800 en Ontario. Ailleurs au Canada, les IPS obtiennent leur diplôme par centaines des universités annuellement. Selon Diane Morin, cette situation s’explique par plusieurs facteurs, dont celui que le Québec constitue la dernière province canadienne à avoir été frappée par la pénurie d’effectifs médicaux survenue au milieu des années 1990. Les autres provinces ont connu cette pénurie une bonne vingtaine d’années plus tôt et ont donc ajusté leur tir en conséquence.

Points d’inquiétude
Manque de volonté politique de la part du gouvernement? Crainte des médecins de se voir remplacer par les IPS dans les soins de première ligne? À toutes ces questions, Diane Morin répond qu’il faut considérer la chose dans son contexte. «C’est certain que la volonté politique et la collaboration des médecins demeurent essentielles si on veut contrer le problème, souligne-t-elle. Il existe aussi des points d’inquiétude. Par exemple, la création de stages en soins de première ligne s’avère actuellement difficile, faute de ressources médicales et de financement. Ensuite, la rémunération des médecins enseignants n’est pas reconnue dans le financement des facultés des sciences infirmières. Enfin, il existe peu de postes ouverts dans des spécialités IPS comme la cardiologie, la néonatalogie et la néphrologie, sans compter que de nouvelles demandes de programmes pour former des IPS émergent en santé mentale, en pédiatrie et en hémato-oncologie.» Selon la doyenne de la Faculté des sciences infirmières, la balle est dans le camp des médecins qui devraient exprimer clairement leurs besoins et ne pas avoir peur d’innover dans le partage des activités médicales. «Mais, pour innover, insiste Diane Morin, il faut être solidaire et, surtout, ne pas perdre de vue que tous ces efforts conjugués contribueront à assurer une meilleure qualité de soins à la population.»