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Volume 46, numéro 9 | 4 novembre 2010

À la une

Le combat de Joanne Marcotte

La cofondatrice du Réseau Liberté-Québec a entrepris une maîtrise en affaires publiques pour nourrir sa pratique de la politique

Par Pascale Guéricolas

«Les valeurs syndicales ont souillé la culture québécoise.» Lorsque Joanne Marcotte a laissé tomber cette phrase lors de l’émission Tout le monde en parle, dimanche dernier, un ange est passé sur le plateau de télévision. «Au montage, ils ont coupé la partie où j’expliquais que les syndicats contribuaient au nivellement par le bas, car les conventions collectives très lourdes favorisent l’ancienneté, aux dépens de la compétence», précise la réalisatrice du film L’illusion tranquille. Joanne Marcotte dénonce donc le travail de sape des syndicats de la fonction publique qui ont, par exemple, bloqué la réforme de la réingénierie lancée par Jean Charest en occupant la rue, et qui contribueraient à empêcher toute amélioration du système de santé. À ses yeux, impossible de diriger le Québec sans l’appui de Réjean Parent de la CSQ ou de Claudette Carbonneau de la CSN.
       
Sortie de l’ombre depuis quelques années, cette militante active de l’Action démocratique du Québec de 2003 à 2009 se situe résolument à droite, et tient à le faire savoir. À ses yeux, l’omniprésence de l’État classe le Québec comme une social-démocratie de centre gauche depuis plusieurs décennies, quel que soit le parti qui dirige la province. Et les écrits de chroniqueurs comme Alain Dubuc ou Claude Picher lui semblent parfois loin de son idéologie lorsqu’ils défendent le modèle étatique québécois ou le «mur à mur». C’est donc pour aider l’idéologie de droite à faire sa place au soleil au Québec qu’elle a décidé de lancer, avec le chroniqueur Éric Duhaime, un mouvement citoyen, le Réseau Liberté-Québec, où certains tribuns comme l’ex-ministre Jacques Brassard ou l’animateur radio Jean-François Fillion pourraient s’exprimer en toute liberté. Après une première rencontre publique organisée à Québec, elle constate que le but est atteint et que les grands médias ont donné à ce mouvement la place qu’il méritait.

Ne pas diluer le message
«Notre but n’est pas de fonder un nouveau parti politique, explique Joanne Marcotte. En militant à l’ADQ, j’ai compris que, pour se faire élire, il faut une base importante et que cela force le parti à diluer son message. C’est exactement ce qui est arrivé en 2007 lorsque 41 députés adéquistes ont formé le parti d’opposition.» Conseillère pendant six mois de Mario Dumont, Joanne Marcotte a eu aussi la chance de voir de plus près le fonctionnement des politiques publiques en participant comme vice–présidente de l’ADQ à la Commission sur le financement du système de santé dirigée par Claude Castonguay. Une expérience qui a confirmé quelques-unes de ses convictions à propos des syndicats. «Des médecins sont venus nous expliquer que certains patients ne pouvaient pas être opérés parfois, car il fallait absolument que la salle d’opération compte tant d’infirmières pour des histoires de convention collective… Cela me met en feu!» 
       
Posée et modérée en entrevue, Joanne Marcotte se hérisse littéralement lorsqu’elle évoque les tracasseries bureaucratiques, synonymes pour elle de syndicalisme. Prenant en exemple sa propre histoire de vie, elle refuse toute intervention étatique dans le domaine social, à l’exclusion des plus pauvres, et incite chacun à se prendre en main. «J’étais orpheline à 5 ans, mes tantes étaient sur le “BS”, mais je suis quand même allée à l’université alors que j’étais monoparentale et que je travaillais comme adjointe administrative. J’ai entrepris une nouvelle carrière en informatique après un baccalauréat obtenu à l’Université Laval», lance-t-elle. La piqûre de la politique, elle l’a attrapée au tournant des années 2000. Aujourd’hui, entre son blogue et ses chroniques à CHOI 98,1 Radio X, elle se consacre à cette nouvelle passion tout en donnant un coup de main à son conjoint, analyste financier.

Depuis quelques sessions, cette femme aux trois carrières a aussi entrepris un retour à l’Université Laval en s’inscrivant à la maîtrise en affaires publiques. Une manière pour cette militante convaincue de mieux saisir le fonctionnement de la politique. En étudiant la théorie des choix publics, mise de l’avant par les adeptes de l’École de Chicago comme l’économiste James Buchanan, l’étudiante a compris une réalité qu’elle avait vécue comme militante. Les élus et les fonctionnaires chercheraient surtout à servir leurs propres intérêts par les politiques publiques. Partisane d’un État beaucoup moins présent, sauf pour les vrais démunis, elle juge sévèrement la performance du premier ministre canadien: «Je trouve Stephen Harper trop dépensier pour être vraiment de droite, vous ne trouvez pas?»

Marc Robitaille

Joanne Marcotte: «Je trouve Stephen Harper trop dépensier pour être vraiment de droite, vous ne trouvez pas»'

Photo: Marc Robitaille

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