Que les directions d’école assurent chaque mois le suivi systématique des enfants qui commencent à lire et de ceux qui ont de la difficulté à suivre les consignes des enseignants. Que les psychologues, psychoéducateurs et orthopédagogues dépistent les problèmes émergents de comportement dès le centre de la petite enfance et interviennent. Que les commissions scolaires ajoutent des ressources professionnelles en matière de prévention et d’intervention précoce, au primaire comme au secondaire. Que les enseignants, orthopédagogues et directions d’école mettent de l’avant des solutions créatives pour aider les jeunes du primaire qui ont besoin de sept ans pour atteindre les objectifs d’apprentissage. Enfin, que les parents d’élèves qui apprennent différemment demandent la création d’un poste de médiateur de l’adaptation scolaire pour se faire entendre et avoir un droit de recours.

Telles sont les principales pistes de solution à la problématique des jeunes en difficulté scolaire qu’Égide Royer, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage, a avancées hier, le mercredi 21 mars, à Montréal. Celui-ci prononçait la conférence d’ouverture du 32e Congrès de l’Association québécoise des troubles d’apprentissage. Spécialiste en adaptation scolaire, Égide Royer est l’auteur du Chuchotement de Galilée. Sous-titré Permettre aux jeunes difficiles de réussir à l’école, cet ouvrage est paru en 2006 aux éditions École et Comportement. «Ces actions, a-t-il expliqué, sont susceptibles d’augmenter la réussite scolaire. Elles ne requièrent pas nécessairement un apport financier supplémentaire et immédiat notable.»

Il reste beaucoup à faire
Le milieu de l’adaptation scolaire, au dire d’Égide Royer, peut être fier des pas accomplis ces 30 dernières années. «Nous n’avons cependant pas le droit d’être satisfaits, a-t-il ajouté. Les jeunes à qui il faut enseigner différemment trouvent parfois difficilement ce dont ils ont besoin.» Il a rappelé que la réforme scolaire accorde peu de place à la question de l’échec des jeunes en difficulté. Trente-cinq pour cent des garçons et vingt-six pour cent des filles n’ont aucun des diplômes du cours secondaire à l’âge de 20 ans. Et un nombre significatif d’élèves du secondaire savent peu lire. «Nous assistons actuellement à une forme de nivellement en éducation, comme si l’adaptation scolaire n’était plus nécessaire», a soutenu le professeur. Selon ce dernier, bon nombre de décideurs en éducation semblent croire que tous les élèves peuvent maintenant réussir grâce au renouveau pédagogique. «Il y a ici quelque chose qui relève de l’incantation», a-t-il dit.

Dans le cours de son exposé, Égide Royer a posé plusieurs questions qu’il a qualifiées de «dérangeantes». «Lorsque nos décideurs parlent de prévention, s’agit-il seulement d’une forme de boniment mystique?» «Dans certaines écoles, sommes-nous en présence d’un handicap de l’élève ou d’un problème de qualité et d’intensité de l’enseignement?» «Croit-on vraiment que les technologies de l’information et de la communication peuvent contribuer à la réussite scolaire des jeunes qui apprennent différemment?» «Doit-on adopter une approche éducative différenciée pour les garçons puisque trois fois plus de garçons que de filles ont des problèmes de comportement?»

Égide Royer est convaincu que les spécialistes en adaptation scolaire peuvent faire une différence. Pour cela, il faut, selon lui, offrir aux futurs enseignants une formation sur la manière de collaborer avec les parents ainsi qu’une formation sur la façon d’adapter l’enseignement et de favoriser le développement de la compétence sociale. Il faut également considérer les parents comme de véritables partenaires. «Tout manuel scolaire devrait être conçu avec la préoccupation que de 15 % à 20 % des jeunes qui fréquentent nos classes ordinaires présentent une forme de retard scolaire», a-t-il indiqué. Selon lui, il faut reconnaître que les garçons présentent nettement plus de risques que les filles de développer des problèmes de comportement et d’apprentissage. «Il devient nécessaire, entre autres, de faire activement la promotion du rôle des hommes à l’enseignement primaire et de favoriser, au primaire, l’engagement d’enseignants masculins», a affirmé Égide Royer.