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Volume 46, numéro 4 | 23 septembre 2010

À la une

Feuilleter la peinture

La Galerie des arts visuels présente les résultats d’une année de recherche et d’exploration du plasticien Bernard Paquet

Par Julie Bouchard

Que se cache-t-il sous la surface? Impossible de le savoir sans plonger dans l’eau. Et sans, du même coup, renoncer au paysage qu’offre la mer sous un ciel variable. Mais si le renoncement est le prix de la connaissance, c’est aussi un premier pas vers l’inconnu avec, en prime, le risque inhérent à toute recherche. C’est justement à cela que nous convie le plasticien Bernard Paquet dans l’exposition Il n’y a pas que la dernière couche qui compte: renoncer à la plénitude de la surface afin d’«entrer» dans la peinture et d’explorer d’autres possibilités du regard, sans certitude aucune.

Synthèse d’une année de recherche et d’exploration, Il n’y a pas que la dernière couche qui compte refait partiellement le chemin parcouru par l’artiste en commençant par nous présenter les gènes de l’œuvre maîtresse: une suite d’images produites à l’aide du logiciel Painter. Images complètes, mais partielles, puisque chacune est nécessaire à l’autre, et que toutes sont les constituantes d’un paysage à naître. En tout, 15 – nombre qui doit tout à la contingence – petites images colorées s’alignent sur le mur, et dans leur juxtaposition se trouve le geste du peintre qui, à la recherche d’une unité, accumule les couches sur une même surface. Mais si, habituellement, les couches se perdent lors du résultat, elles sollicitent maintenant le regard et occupent l’entièreté de l’espace.

Au centre, la matrice
Reproduites à la main sur de grandes feuilles de plastique transparent, les images-couches se détachent ensuite du mur pour non plus se juxtaposer dans la périphérie, mais se superposer dans le centre de l’espace et constituer la pièce maîtresse d’Il n’y a pas que la première couche qui compte. Qualifiée de «matrice» par Bernard Paquet, l’œuvre – peinture ou installation? – donne à voir la biographie d’un paysage suspendu dont l’unicité se dérobe sans cesse au regard. Ou, pour reprendre les mots de Bernard Paquet, «L’image initiale frontale se fragmente; un paysage devient mille paysages […]» et l’histoire de la peinture, de cette peinture, est soudainement redonnée aux visiteurs.

«Depuis toujours, la peinture consiste à superposer des couches colorées de natures variées. Une fois ce processus matériellement clos, le résultat s’affiche comme une surface faisant écran à la biographie de sa fabrication», écrit Bernard Paquet en guise d’introduction à une démarche artistique qui aboutit non plus à la création d’une surface picturale close, mais d’un «feuilleté de couches picturales séparées, autonomes, amovibles et permutables autour duquel il est possible de se promener». En entrant sous la surface de la peinture, Bernard Paquet revoit l’acte de peindre et se lance à la recherche de dessous considérés comme autant «d’œuvres perdues».

Bernard Paquet est professeur à l’École des arts visuels depuis 2003. Cette exposition est présentée à la Galerie des arts visuels jusqu’au 10 octobre. La Galerie loge dans l’édifice de la Fabrique, au 295, boulevard Charest Est. Heures d’ouverture: 12 h à 17 h du mercredi au dimanche.

 

Renée Méthot

Bernard Paquet: «Il n'y a pas que la dernière couche qui compte».

Photo: Renée Méthot

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