Marcel Moussette a été en contact très tôt avec la terre et l’argile. À la briqueterie de son père où il travaillait durant les vacances d’été, il aimait se salir les mains et manier tous ces matériaux qui serviraient plus tard à édifier toutes sortes de bâtiments. Dans son cas, on peut vraiment dire qu’il a creusé plus loin son inclination naturelle pour les objets enfouis sous terre l’ayant mené à une brillante carrière d’archéologue et d’historien de la culture matérielle. Passionné par ces vestiges du passé, Marcel Moussette tient l’objet en très haute estime, qu’il s’agisse d’un tesson de poterie ou d’un dé à coudre en argent.
   
«Il y a dans l’acte de la fouille archéologique une façon très concrète de prendre contact avec des gens qui ont vécu des siècles avant nous; on se sent près d’eux et c’est ce qui m’intéresse», explique ce professeur associé en archéologie au Département d’histoire qui, bien qu’il soit à la retraite depuis 2007, contribue toujours à la formation d’étudiants à la maîtrise et au doctorat. La Faculté des lettres rend aujourd’hui un hommage spécial à cet homme, considéré comme une figure marquante de l’archéologie historique du Québec, à l’occasion de l’édition 2010 de la Soirée Gutenberg qui se tient aujourd’hui au pavillon Charles-De Koninck. La Soirée Gutenberg vise à souligner le dynamisme et l’excellence des projets réalisés par les professeurs de cette faculté, tant en recherche qu’en création. 

Six pieds sous terre
Une bonne base en histoire, la connaissance du matériel et des compétences pour faire de la fouille: voilà ce qui a guidé Marcel Moussette dans son enseignement, depuis son arrivée à l’Université comme professeur et chercheur, en 1981. Entre cette date et aujourd’hui, l’archéologie historique aura grandement progressé. «À mes débuts comme archéologue, on ne pouvait même pas dire si l’argile qu’on trouvait provenait d’un objet fabriqué en France ou au Québec, alors qu’aujourd’hui, des appareils très sensibles permettent de déterminer tous les éléments chimiques d’une céramique», souligne l’archéologue, à qui on doit notamment le chantier-école du site du palais de l’Intendant dans le Vieux-Québec, mieux connu sous le nom de l’îlot des Palais, de même qu’une contribution importante à la mise sur pied des Laboratoires d’archéologie de l’Université Laval, l’une des plus importantes infrastructures de recherche en archéologie au Canada. Quelques-uns des meilleurs souvenirs de cet homme de terrain dans l’âme sont liés aux fouilles réalisées de 1987 à 1997 sur l’île aux Oies, près de Montmagny. «Nous fouillions le site d’une maison de la fin du 17e siècle et nous avons commencé à trouver des aiguilles, des ciseaux, tous des objets indiquant que les gens qui avaient habité cette maison y avaient effectué de menus travaux, explique l’archéologue. À mesure qu’on déterrait ces objets, on se sentait très près de ces gens-là. C’était extrêmement émouvant.»

Malgré ces moments bénis des dieux, la vie d’archéologue n’est pas toujours un jardin de roses et s’apparente parfois à une traversée du désert. À côté des grands chantiers où les équipes planchent joyeusement sur le terrain, échangeant sur leurs découvertes passées ou à venir, il y a l’espace rétréci de celui qui se trouve à travailler seul parmi des centaines de centaines de morceaux de céramique, ce qui peut s’avérer assez difficile pour le moral. «Si j’avais à donner un conseil à donner à un jeune qui est attiré par des études en archéologie, ce serait d’y aller tout simplement, déclare Marcel Moussette. Le parcours est semé d’embûches, mais en fin de compte, l’expérience en vaut vraiment la peine.»