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Volume 47, numéro 2 | 8 septembre 2011

Société

Le mangeur funambulesque

Laurence Godin décrit la pénible traversée du «mangeur contemporain» dans son mémoire de maîtrise en sociologie

Par Renée Larochelle

«Tel un funambule, le mangeur contemporain marche sur un fil de fer, toujours à risque de chuter. Accroché à son balancier, il avance prudemment, pesant le poids de chacun de ses gestes. D’un côté, on l’invite à jouir des plaisirs de la bonne chère et à se sustenter à volonté, de l’autre, on l’enjoint à se contrôler, au nom de la minceur et de la santé. Un déséquilibre surgit dans un sens ou dans un autre? Voilà que le malaise s’installe. C’est par un vif retour du balancier que l’équilibre pourra être rétabli, puisqu’un écart marqué du côté du contrôle semble ne pouvoir être compensé que par un écart d’égale ampleur du côté du plaisir, et vice-versa.»

C’est en ces termes que Laurence Godin décrit la pénible traversée de ce «mangeur contemporain» qu’elle a examiné sous toutes ses coutures. Aux fins de son mémoire de maîtrise en sociologie portant sur les formes de la normativité dans l’alimentation contemporaine, elle a mené des entrevues auprès de 16 personnes, 7 hommes et 9 femmes âgés de 24 à 67 ans. Toutes fréquentaient des centres d’entraînement sportif ou s’entraînaient régulièrement à la maison. Objectif de l’étude: voir comment ces personnes en venaient à adopter un système d’habitudes alimentaires à peu près stable.

«J’ai été surprise de voir à quel point les répondants utilisaient des termes appartenant au vocabulaire de la santé mentale pour décrire leurs situations, affirme Laurence Godin. Par exemple, ils disaient souvent ne pas vouloir tomber dans la déprime ou même dans la folie à cause de leur alimentation et qu’il était important que leurs préoccupations ne tournent pas à l’obsession. Ils disaient aussi qu’il était de plus en plus difficile de s’y retrouver à travers toutes les informations circulant sur l’alimentation et que rien n’allait de soi. L’idée de trouver un équilibre entre le plaisir et le contrôle revenait constamment dans leurs propos.»

Cela dit, Laurence Godin est consciente qu’elle ne peut généraliser les conclusions de son enquête à l’ensemble de la population. Mais il n’en demeure pas moins que l’incapacité de savoir bien s’alimenter est présente chez bien des individus qui peinent à trouver un poids stable. «Nous vivons dans une drôle de société, dit-elle. À travers tout ce qu’ils entendent, que ce soit sur les bienfaits du thé vert ou du curcuma, il semble que les gens n’arrivent plus à savoir ce qu’est une bonne alimentation.»

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