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Volume 42, numéro 14 | 9 octobre 2008

À la une

Patience et longueur de temps…

Après 20 ans de réflexion et de travail, Michel A. Duguay publie sa théorie sur l’espace-temps

Par Jean Hamann

Personne ne pourra reprocher à Michel A. Duguay de manquer de persévérance. Une théorie dont il a jeté les bases il y a près de 20 ans vient d’être publiée dans un récent numéro de la revue scientifique Physics Essays. Dire que la route entre l’idée et le papier a été parsemée d’embûches pour ce professeur du Département de génie électrique et génie informatique serait un euphémisme.

La première ébauche de sa théorie, élaborée en 1987 alors qu’il était à l’emploi de Bell Laboratories aux États-Unis, ne lui a pas valu d’éloges. Ses patrons de l’époque ont qualifié ses travaux de spéculations théologiques et ils l’ont invité à aller les poursuivre ailleurs. Ce n’est finalement et symboliquement qu’à la veille du passage à l’an 2000 qu’il a attaché ensemble toutes les ficelles de sa théorie. «Je propose une vision différente d’observer la réalité physique et de considérer l’espace-temps. Cette vision est à la fois plus simple et plus réaliste que la relativité restreinte. Elle nous oblige à réviser la conception que nous avons de la structure de l’espace et du temps», explique-t-il sommairement. Parce que cette représentation considère l’univers dans une perspective temporelle, il lui a accolé le qualificatif «diachronique», qui signifie littéralement «à travers le temps».

Une fois sa théorie ficelée, il restait à la faire connaître à ses pairs. En 2003, le chercheur frappe à la porte d’une revue canadienne de physique qui accepte l’article puis fait volte-face quelques mois plus tard le jugeant «potentiellement controversé». À la décharge des éditeurs et des arbitres des revues de physique, il faut reconnaître que la recherche de nouveaux modèles pour expliquer l’univers grâce à une théorie unifiée de la physique produit son lot de théories éthérées. «Il ne se passe pas une semaine sans que quelqu’un ne publie une nouvelle théorie de l’univers qui choque les idées reçues», reconnaît lui-même Michel Duguay. Physics Essays, une revue de physique théorique qui ouvre ses pages aux chercheurs qui souhaitent exposer des idées explorant de nouvelles avenues, accepte finalement l’article en 2005 et le publie il y a quelques semaines.

La théorie de la relativité restreinte d’Einstein, telle que reformulée en 1908 par le mathématicien Hermann Minkowski, «ajoute une quatrième dimension à l’univers que nous habitons, faisant de nous des résidants de l’espace-temps», explique le professeur Duguay. «Le temps diachronique repose sur une nouvelle reformulation de la relativité restreinte qui est centrée sur un observateur terrestre et qui transforme le temps d’Einstein en dimension radiale. Le temps diachronique est le temps affiché par la montre de l’observateur; il remplace le temps d’Einstein en tant que quatrième dimension de l’espace-temps. Dans cette nouvelle perspective, le temps de la montre s’applique à tous les événements de l’univers tels qu’observés au télescope. Ainsi, les galaxies que nous voyons n’ont pas «été»; elles sont localisées suivant l’axe radial du temps d’Einstein, tel que vu de la Terre. Tout ce qu’on voit au télescope se passe dans le maintenant diachronique. C’est une théorie en temps réel.»

Michel Duguay entend maintenant faire parvenir son article à une vingtaine de scientifiques susceptibles de comprendre son approche, en vue de recueillir leurs commentaires. «Si personne ne peut contredire ma théorie diachronique, elle méritera d’être enseignée dans les cours de physique», estime-t-il.

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