Une passion concentrée sur un seul objet, une envie excessive pour quelque chose ou encore une habitude bizarre, fatigante et irritante: voilà ce qui pourrait définir la monomanie. C’est ce thème qu’exploitent de façon originale huit étudiants au baccalauréat en arts visuels à la salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins, jusqu’au 4 mars. Chacun y va d’une proposition basée sur sa propre expérience artistique et on y trouve bien des genres, de l’installation à la vidéo, en passant par la peinture et la photographie. 

Grande collectionneuse d’objets ne servant plus à rien devant l’Éternel, Julie Desjardins présente un tas de choses parfaitement inutiles accumulées au fil des ans dans ses tiroirs et armoires: boîtes de métal, pots en verre, boutons, radios, coquillages, lunettes, réveille-matin, bouts de bois, flacons de pilules, etc. «Je pratique la collection excessive depuis toujours, confesse-t-elle. Je ne conserve pas tout, mais j’avoue qu’il s’agit d’une manie presque incontrôlable.» Dans son œuvre photographique ayant pour titre Le lavabo, Kassopia Arseneault met l’accent sur la répétition d’un geste banal pouvant être répété des dizaines de fois au cours d’une journée: l’arrivée au lavabo, les mains qui se tendent et l’eau qui jaillit. Ce sont des gestes qu’on fait sans même s’en rendre compte, d’affirmer l’artiste. Selon Kassopia Arsenault, la répétition du cliché photographique, procédé lui-même répétitif dans son essence, sert à merveille le thème de l’exposition.

Le banal sur un piédestal
Dans un registre moins obsessif, Sévryna Lupien traduit sa fascination pour les livres et signe une installation fabriquée en trompe-l’œil intitulée Des-lires concentrés en un seul sujet, encyclopédie complète. Plus loin, les dix têtes d’hommes alignées sur autant de tableaux fantômes réalisées par Nathalie LeBlanc suggèrent la répétition de l’inconnu. «Ce sont des étrangers qu’on a peut-être croisés un jour et qui nous restent en mémoire, explique-t-elle. En même temps, le souvenir qu’on en a commence à s’effacer tout doucement sans qu’on s’en rende compte.» L’une des pièces les plus étonnantes de l’exposition est cet autoportrait d’Helena Rakic montrant une tête de jeune femme se faisant tirer les oreilles et les cheveux par des mains surgies de nulle part. «Chaque main représente une inquiétude, souligne Helena Rakic. Et moi, j’en ai beaucoup. J’ai parfois peur d’avoir peur.» Pour sa part, Marie-Claude Gendron dit vouloir illustrer à quel point des objets banals peuvent être glorifiés si on les met sur un piédestal, en l’occurrence sept piliers ivoire sur lesquels reposent de petites choses anonymes figées dans le temps. Que faire pour que l’éphémère s’éternise sinon tenter de ralentir les heures?

Dans ce même ordre d’idées, Geneviève Robitaille et Sébastien Francœur mettent en scène leur propre mort, au milieu des fleurs mortes et des chandelles éteintes. Sur l’image projetée au mur, ils nous regardent droit dans les yeux, répétant sans fin le même geste, dans une dernière volonté d’échapper à l’immobilité fatale. 

Les heures d’ouverture de l’exposition sont de 9 h à 17 h du lundi au vendredi et de 11 h à 17 h le samedi.