La situation est alarmante. Selon le rapport 2007 du Groupe intergouvernemental d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC), les activités humaines sont responsables, chaque année à l’échelle mondiale, de l’émission de plus de 8 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre (GES). Ces émissions proviennent, à hauteur de 6,4 milliards de tonnes, de l’utilisation des combustibles fossiles que sont le pétrole, le gaz naturel et le charbon. Les GES sont responsables des perturbations récentes du climat, notamment son réchauffement. «En réalité, explique Robert Beauregard, doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, le bilan net des émissions est de 3,2 milliards de tonnes par an puisque les forêts et les océans absorbent du CO2, les premières à hauteur de 2,6 milliards de tonnes. C’est dire le rôle majeur des forêts comme puits de carbone dans la lutte contre les changements climatiques.»

Le jeudi 21 octobre au pavillon Gene-H.-Kruger, le doyen Beauregard a fait un exposé sur les attributs environnementaux du matériau bois à l’occasion du colloque 2010 de l’Association forestière du Québec métropolitain. Selon lui, le bois massif, comme matériau de construction, présente un bilan environnemental bien meilleur que l’acier ou le béton armé. «Une poutre de bois massif d’une portée de 7,3 m offre un double bénéfice, affirme-t-il. L’énergie requise pour sa récolte, son transport, sa transformation, son séchage et sa mise en œuvre n’émet que 78 kg de CO2. En plus, elle aura stocké 91 kg de CO2 durant sa croissance. En comparaison, la fabrication d’une poutre de béton ou d’acier de même portée émet respectivement 380 et 513 kg de CO2. Et il n’y a aucun stockage de CO2.»

Le rapport du GIEC indique que la déforestation dans les régions tropicales entraînerait l’émission de 1,6 milliard de tonnes de CO2 chaque année. Ce résultat est dû en grande partie au fait que le carbone, qui n’est plus absorbé par les forêts que l’on a coupées, a le chemin libre vers l’atmosphère. «D’après la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, cette problématique ne concerne aujourd’hui que les pays en développement en région tropicale, souligne Robert Beauregard. Or on sait qu’il est possible de se développer sans continuer à détruire des forêts. Le Brésil, une des principales économies émergentes, en est un bon exemple. En 10 ans, le taux de déboisement de la forêt amazonienne a diminué de 50 %.»

Le même rapport affirme qu’il est possible, à long terme et à l’échelle mondiale, de diminuer notre dépendance au pétrole ainsi que nos émissions de GES grâce, en particulier, aux forêts aménagées de façon durable et à l’utilisation accrue du bois. Selon Robert Beauregard, il faut soutenir la construction en bois des bâtiments non résidentiels de type industriel, commercial et institutionnel. Il recommande également de mettre en place des politiques visant à remplacer les combustibles fossiles par les résidus de la forêt, notamment pour le chauffage des bâtiments. Il prône aussi le soutien au reboisement dans les pays tropicaux.