Une cour du palais de l’intendant du temps de la Nouvelle-France, un lieu de bombardement, une brasserie, un parc urbain et, finalement, un chantier-école long d’une vingtaine de mètres de long et profond de quelques mètres. Voilà ce qu’on peut dire du trou actuel creusé par les étudiants en archéologie de l’Université sur le site de l’îlot des Palais, non loin de la gare du même nom. Conviés dimanche dernier à une journée portes ouvertes, les visiteurs ont pu avoir accès à cette tranche d’histoire de la ville de Québec. Une entente avec la municipalité permet en effet aux étudiants d’explorer chaque été une portion de ce site qui constituait la porte d’entrée de la Nouvelle-France.

«Sur des cartes, on a vu le dessin d’un bassin qui arrivait peut-être dans cette cour capable d’accueillir 300 petits bateaux à fond plat transportant des marchandises vers des navires ancrés au large, avance Allison Bain, professeure d’archéologie qui supervise la douzaine de stagiaires. Il faut savoir qu’au 17e siècle, la rivière Saint-Charles venait jusqu’à la rue qui borde maintenant la Maison de Lauberivière.» Pour l’instant, les étudiants ne sont pas encore arrivés au niveau de ce bassin potentiel. Leurs recherches ont permis de mettre au jour la cour du deuxième palais de l’intendant, le premier ayant brûlé lors de l’incendie du quartier Saint-Roch. Comme s’il s’agissait d’un millefeuille, ils ont d’abord découvert les gros pavés de la brasserie Boswell-Dow construite sur les ruines du palais, puis les blocs de schiste qui constituaient la dalle sur laquelle reposait la fondation de béton, avant d’accéder au remblai contenant plusieurs objets.

«À cette époque-là, les constructeurs ne disposaient pas d’une machinerie très importante, remarque Zocha Houle-Wierzbicki qui termine son baccalauréat en archéologie. Ils reconstruisaient donc par dessus les bâtiments existants en aplanissant le sol.» Cette technique pose certaines difficultés techniques aux étudiants puisque certaines strates ont été nettoyées par leurs prédécesseurs. L’histoire reconstituée contient donc certains trous qu’il faut combler. Armés de pelles, de seaux, de truelles, les étudiants creusent, ratissent et recueillent des morceaux de faïence anglaise ou française, ou des boulets de canons américains qui sont ensuite acheminés au laboratoire pour être nettoyés et étiquetés. Ces objets font ensuite l’objet de recherches plus précises par des étudiants à la maîtrise ou au doctorat.

Ce stage obligatoire effectué par les étudiants au baccalauréat en archéologie constitue une bonne expérience de travail sur un chantier. Ils y travaillent lentement en apprenant bien les techniques et ont l’occasion de se lancer aussi bien dans des dessins horizontaux que stratigraphiques. Une fois formés, plusieurs de ces stagiaires vont participer à d’autres types de fouilles cet été. L’une part découvrir des squelettes dans un cimetière préhispanique au Pérou, tandis qu’une autre va travailler sur un chantier en Grèce. Manifestement, les techniques sur un site qui pourrait sembler tout jeune aux yeux d’archéologues des vieux pays ont du bon!