Qu’est-ce qui distingue les embryons normaux des embryons anormaux au plan moléculaire? Les techniques de reproduction assistée affectent-elles le développement normal des embryons? Comment l’état nutritionnel de la mère influence-t-il le développement de sa progéniture? Voilà les trois grandes questions auxquelles le réseau stratégique EmbryoGENE entend trouver réponse au cours des cinq prochaines années. Pour y arriver, ce regroupement pancanadien de chercheurs, lancé officiellement sur le campus le 9 février, se penchera sur les embryons sur deux espèces de grande importance économique, la vache et le porc.
   
Les techniques de reproduction assistée font maintenant partie intégrante de l’amélioration génétique des cheptels. Ainsi, au pays, 100 % des vaches laitières et 70 % des porcs sont produits par insémination artificielle. Les entreprises canadiennes sont très actives dans le domaine de la reproduction des animaux d’élevage; elles exportent des embryons et de la semence de porc et de vaches dans plus de 70 pays, générant ainsi des revenus annuels de près de 80 millions de dollars. «Malgré les progrès en reproduction assistée, il reste encore beaucoup de problèmes à régler, signale Marc-André Sirard, professeur au Département des sciences animales et directeur du réseau EmbryoGENE. Chez les bovins, le taux de succès des transferts d’embryons est bloqué à 25 % depuis dix ans. Chez le porc, les connaissances en reproduction assistée accusent plus de retard que chez la vache.»
   
Pour améliorer la situation, les chercheurs mettront au point des outils d’analyse génomique — des puces d’ADN — permettant de repérer les gènes qui sont activés pendant les sept premiers jours du développement de l’embryon. «Nous devrions être en mesure d’analyser entre 20 000 et 25 000 gènes chez les deux espèces et de comparer ce qui se passe dans un embryon normal et dans un embryon produit par reproduction assistée, résume le professeur Sirard. Grâce à cette approche, nous pourrons déterminer quelles techniques de reproduction assistée et quels facteurs environnementaux ou nutritifs ont un impact négatif sur le développement et la santé des embryons. De là, nous pourrons proposer des moyens pour améliorer les choses.» Les travaux se feront uniquement à l’aide d’embryons bovins et porcins, mais le directeur du réseau n’exclut pas la possibilité que les conclusions puissent inspirer les chercheurs qui travaillent en reproduction humaine. «Si une pratique comme la congélation des embryons a une incidence négative sur le développement et la santé des animaux, elle pourrait aussi en avoir une sur l’embryon l’humain.»
   
EmbryoGENE regroupe 17 chercheurs de sept universités canadiennes — dont les collègues du professeur Sirard, François Pothier, François Richard, Claude Robert —, neuf partenaires industriels ainsi que deux agences fédérales du domaine de l’alimentation, Agriculture et Agroalimentaire Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Les travaux sur le bovin seront coordonnés à l’Université Laval, et l’Université de l’Alberta sera le pôle du volet porcin. Le réseau dispose d’un budget de 7,9 M$ répartis sur cinq ans, dont 4,8 M$ proviennent du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.