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Volume 46, numéro 9 | 4 novembre 2010

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Ni tout à fait noir ni tout à fait blanc

Le blanchiment de l’apparence répondrait à des critères de beauté liés au culte de la blancheur

Par Renée Larochelle

À la fin de sa vie, Michael Jackson n’était plus que l’ombre de lui-même. Transformé par la chirurgie esthétique, décoloré et blême, il ne ressemblait ni à un Blanc ni à un Noir, plutôt pathétique dans son état d’homme refusant d’assumer sa couleur. Le roi de la pop n’est pas le seul dans son cas: dans une moindre mesure, des artistes très populaires comme Rihanna et Beyoncé ont agi dans le même esprit en décidant de troquer leurs cheveux crépus pour une chevelure fine et raide. Dans son mémoire de maîtrise en anthropologie, Lilianne Bordeleau examine le blanchiment de l’apparence chez les femmes noires, un phénomène qui consiste en diverses techniques dont l’éclaircissement de la peau par l’utilisation de crèmes, des transformations capillaires ou encore le recours à la chirurgie esthétique. Aux fins de sa recherche, la chercheuse a interviewé 40 femmes d’origine haïtienne de Montréal. Si la très grande majorité de ces femmes n’utilisaient pas de crèmes blanchissantes pour la peau, jugées par elles dangereuses, les transformations capillaires faisaient cependant partie de leurs habitudes. Cette pratique entraînait dans certains cas des dépenses très élevées, mais elle répondait en même temps à des critères de beauté solidement ancrés.
 
Adieu taches jaunâtres
«Dans ces salons, un paquet de rallonges faites de cheveux naturels coûte très cher et il faut à peu près trois paquets pour faire une tête complète, ce qui peut aller chercher dans les 300 $,» explique Lilianne Bordeleau qui a visité plusieurs des établissements fréquentés par les participantes à son étude. «Quand je leur demandais pourquoi elles faisaient défriser leurs cheveux ou utilisaient des rallonges, les femmes évoquaient l’aspect pratique de la chose, dans un contexte de vie nord-américain où elles étaient toujours pressées, dit la chercheuse. Elles trouvaient que les cheveux lisses étaient plus simples et plus rapides à coiffer ou que c’était à la mode.» Parmi les répondantes, aucune n’a toutefois déclaré utiliser nommément des produits éclaircissants pour la peau, bien que la chercheuse ait aperçu sur les étagères de certains salons quelques flacons de crème ayant le soi-disant pouvoir d’enlever les taches jaunâtres ou encore d’unifier le teint.

«Dans la tête de plusieurs femmes, ce qui est blanc est beau et ce qui est noir est laid, affirme Lilianne Bordeleau. C’est encore plus vrai en Afrique où des milliers de femmes n’hésitent pas à utiliser des crèmes blanchissantes parce qu’elles estiment qu’une peau plus claire augmente leurs chances de trouver un mari. Malheureusement, beaucoup meurent du cancer de la peau ou d’autres maladies en raison des substances cancérigènes que contiennent ces produits.» Cela dit, plusieurs des femmes d’origine haïtienne interrogées par Lilianne Bordeleau affirmaient être conscientes de ce culte de la blancheur qui trouverait ses racines dans le passé colonialiste et esclavagiste de certains pays.

«Beaucoup de Noirs ont été influencés positivement par Michael Jackson parce que cet artiste représente pour eux un modèle de succès, conclut Lilianne Bordeleau. Par contre, d’autres se sont dit que c’était un Noir qui avait peut-être réussi, mais qu’il avait constamment cherché par tous les moyens à ressembler à un Blanc. On en est encore là.»

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