C’est «la bonne réputation de l’Université ainsi que son accès à l’international» qui ont attiré Gabriel Sarasin à l’Université Laval. En 2007, durant son baccalauréat au Département de biologie, il a d’ailleurs profité de cet atout pour faire une session en Norvège et un cours de conservation de la nature au Kenya et en Tanzanie. Mais sa volonté de découverte ne s’est pas arrêtée là. Il s’est impliqué dans l’ONG Ingénieurs sans frontières, ce qui lui a permis de gagner de l’expérience et de l’assurance, constate-t-il aujourd’hui. Il a mis sur pied «Massif sans frontières», un événement annuel d’une journée qui marie ski, animations et spectacles au Massif de Charlevoix afin de promouvoir le développement durable au Québec et de récolter des fonds pour des projets humanitaires menés par Ingénieurs sans frontières en Afrique. Cette initiative lui a valu le premier prix dans la catégorie Entrepreneuriat étudiant au Concours québécois en entrepreneuriat 2009. Désormais, il mène de front une maîtrise avec mémoire en agroforesterie et un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en développement rural intégré.
   
Sa maîtrise l’a conduit à Madagascar en 2009 pour participer au programme MITACS. Ce partenariat université-entreprise pour le développement réunissait quatre acteurs: l’Université Laval, l’Université de Mahajanga à Madagascar, Hydro-Québec Équipement ainsi que la compagnie Rio Tinto sur les sites de laquelle le projet avait lieu. Durant quatre mois, il a dormi sous la tente, près de la ville malgache de Fort Dauphin où il s’est fait de bons amis. «Le soir, il n’y a pas d’électricité ou de télévision, la seule chose que tu peux faire, c’est discuter. Cela rapproche!»
   
Son travail sur place consistait à mettre au point des outils biologiques en vue d’augmenter l’efficacité de la restauration écologique d’un écosystème dégradé par l’industrie minière. Il testait l’effet de symbioses racinaires en pépinière. Ce procédé consiste à ajouter un champignon et des bactéries fixatrices d’azote à la racine d’un arbre pour l’aider à pousser. La mycorhize (association symbiotique plante-champignon) permet d’aller chercher les nutriments et l’eau auxquels la plante n’a pas accès. En échange, la plante donne au champignon symbiotique des sucres et du carbone qu’elle fabrique par photosynthèse.
   
Cette biotechnologie permettra à l’entreprise de restaurer le site perturbé. La démarche est intéressante car QMM-Rio Tinto s’engage «à diminuer son impact sur la nature». Gabriel Sarasin appelle cela de la responsabilité «corporative». L’entreprise développe aussi une filière maraîchère qui met en place des activités génératrices de revenus pour diminuer la pauvreté des populations rurales autour des sites miniers. Les villageois apprennent à développer la culture des légumes qui est peu connue à Madagascar, comparée à la culture du riz et du manioc. Ils vendent ensuite leur production aux travailleurs ou aux habitants des villes voisines. Maintenant que ses expériences sur le terrain sont terminées, Gabriel rédige son mémoire qu’il souhaite rendre à la fin de la session.

Les forêts modèles
Lors de son DESS en développement rural, Gabriel Sarasin a démarré en 2010 un processus de forêt modèle dans la région de Mayombe en République démocratique du Congo. La forêt modèle est un concept canadien pour une concertation multi-acteurs sur un territoire pour résoudre des problèmes majoritairement fonciers. Le but est que tous les acteurs — les femmes, les agriculteurs, les entreprises privées, les ONG — discutent de la gestion de la terre. Il a donc rencontré les populations sur place afin de comprendre les problèmes locaux et d’adapter au mieux le processus. L’issue ne sera «pas basée sur les droits légaux (qui est un concept occidental), mais sur les intérêts de chacun». Gabriel explique «qu’il faut développer une vision commune de l’utilisation du territoire, une reconnaissance des autres et de leurs besoins, et mettre sur pied un programme d’activités afin d’arriver à un consensus».
   
Gabriel Sarasin finira ses études dans le courant de l’année. Il souhaite ensuite participer à un projet de recherche-action qui s’insère dans le processus de forêt modèle qu’il a mis en place au Congo. Il ne veut surtout pas «faire un truc dans le vide». Jusqu’à présent, on peut dire qu’il a tout fait sauf des «trucs dans le vide».