«Tous les participants ont convenu que le numérique constitue un ajout au monde du livre, qu’il ne vient pas remplacer le livre papier.» René Audet, professeur au Département des littératures et chercheur au Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, était le coorganisateur de la journée de réflexion qui s’est tenue le 26 février à Québec sur le livre numérique sous ses aspects de création, d’édition et de diffusion. Selon lui, les participants ont rejeté l’idée répandue qui consiste à faire des antagonistes du livre papier et du numérique. «Le numérique doit être vu comme une plus-value au livre papier en le rendant plus disponible et en lui offrant une meilleure diffusion, poursuit René Audet. Le numérique ne va pas tuer le livre papier.»

Malgré son peu de publicité, la journée de réflexion a attiré quelque 70 personnes, dont des éditeurs, des gestionnaires, des graphistes et des étudiants. «Cette forte participation de tout l’environnement de la documentation et du livre reflétait un besoin de discuter des enjeux, d’apprendre et de rencontrer des gens qui vivent les mêmes enjeux de transformation de leur univers professionnel», explique René Audet.
Répartis en une quinzaine d’ateliers, les participants ont abordé des sujets variés, notamment la question de la transformation des compétences. Selon René Audet, la migration vers le numérique bouleversera la définition des métiers, principalement en ce qui concerne la fabrication du livre. «On assistera notamment à une transformation des compétences des secrétaires d’édition et à l’ajout de spécialistes du numérique, notamment pour la gestion de la diffusion en ligne, affirme-t-il. Des adaptations sont également à prévoir du côté des bibliothécaires et des libraires. Mais leur rôle de médiateurs entre les producteurs de contenus et les lecteurs restera fondamentalement le même.»

Les participants ont également échangé sur la problématique de lecture, sur support numérique, d’un texte long par rapport à un texte court. «Les textes courts, soutient René Audet, se prêtent bien à une visualisation sur support numérique. La consultation se fait en quelques clics et la lecture est aisée même si l’écran n’est pas très grand. La question vient du fait de trouver les interfaces qui favorisent une lecture longue et dense.» On a aussi discuté de la valorisation des écrits littéraires en ligne. «La question de la littérature en ligne est sensible aux enjeux de valeur, souligne-t-il. Sa légitimité, comme toute pratique artistique, passe par une reconnaissance, dont les rouages sont mal établis sur le Web. Les rouages traditionnels ne prennent pas en considération, pour l’instant, la littérature numérique.»

René Audet rappelle que les producteurs de contenus numériques sont d’emblée les producteurs de contenus sur papier. «Le maillage entre le livre papier et le numérique se dessine de plus en plus, dit-il, souvent dans des rapports de complémentarité plutôt que de redoublement.» Selon lui, le Québec s’inscrit tout à fait dans la mouvance du numérique avec l’offre d’un nombre grandissant de livres numériques et la création d’une plateforme de distribution de livres numériques mise en place par l’Association nationale des éditeurs de livres. Pour plus d’information sur la journée de réflexion: http://contemporain.info/wpmu/fabrique2010/