L’expertise en restauration de tourbières développée au cours des vingt dernières années par une équipe du Département de phytologie est en voie d’être transposée dans un milieu pour le moins inattendu: les pits de sable utilisés lors de la construction des routes. Des essais de restauration végétale de ces sites, appelés bancs d’emprunt, ont livré des résultats intéressants après une seule année de croissance. «Nous avons obtenu une bonne reprise végétale de certaines espèces de mousses et de lichens introduites dans les parcelles expérimentales dénudées de huit bancs d’emprunt situés dans Charlevoix», a annoncé Sandrine Hogue-Hugron aux participants du 16e Colloque annuel du Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET), qui se déroulait sur le campus le 16 février.
   
Les travaux que l’étudiante-chercheuse mène avec les professeures Monique Poulin et Line Rochefort, en collaboration avec une chercheuse d’Écosse, Roxane Andersen, visent à faciliter le retour des plantes indigènes sur ces sites qui déparent le paysage. La recolonisation est très lente dans ces milieux parce que le prélèvement de sable et de gravier fait disparaître la couche de sol organique en surface. Il en résulte un milieu sec et pauvre en éléments nutritifs qui ne convient qu’à certaines espèces de plantes dites pionnières. L’analyse détaillée que les chercheuses ont effectuée sur 104 bancs d’emprunt exploités au cours du dernier demi-siècle dans le secteur des Grands Jardins révèle que quelques espèces de mousses et de lichens dominent les communautés végétales qui parviennent à s’y établir.
   
Depuis bientôt vingt ans, la directrice du GRET, Line Rochefort, et son équipe perfectionnent une méthode permettant de restaurer une tourbière fonctionnelle dans les sites où le dépôt tourbeux a été exploité. Leur approche repose sur la transplantation de mousses dans les tourbières abandonnées. Une fois les mousses établies, elles se multiplient et, le temps aidant, le tapis de mousses caractéristique de cet écosystème se redéploie. La même stratégie a été utilisée pour les bancs d’emprunt. «Nous avons étendu, sur des parcelles dénudées de bancs d’emprunts, des fragments de quelques espèces mousses et de lichens prélévées à proximité, explique Sandrine Hogue-Hugron. Les plantes ont survécu et nous avons obtenu une bonne reprise végétale, en particulier avec l’une des trois espèces de mousses que nous avons testées.» Selon l’étudiante-chercheuse, le prélèvement de 1 mètre carré de végétation permettrait de restaurer entre 5 et 10 mètres carrés de sol dans les bancs d’emprunt, sans causer de dommages permanents aux sites d’où proviennent les plantes.
   
Présentement, la technique de restauration la plus courante pour les bancs d’emprunt repose sur l’introduction de graminées. En théorie, ces espèces réduisent l’érosion et facilitent l’implantation des plantes indigènes. Toutefois, les résultats ne sont pas toujours concluants, particulièrement en milieux nordiques, parce que ces graminées demeurent dominantes et freinent la succession végétale normale, un problème qui ne se poserait pas avec les mousses et les lichens. «L’établissement de ces plantes pionnières aurait un effet facilitateur sur le déroulement de la succession végétale. Nous croyons que notre approche pourrait réduire d’au moins 30 ans le retour de la végétation naturelle dans ces sites perturbés», avance Sandrine Hogue-Hugron.
   
Il n’existe pas de statistiques fiables sur le nombre de bancs d’emprunt tavelant le territoire québécois, mais l’étudiante-chercheuse en a dénombré une centaine le long de 100 kilomètres de route dans le secteur où se déroulent ses travaux.