Regardez bien Caroline, 19 ans, follement éprise de Pierre depuis quelques semaines et pour qui elle a eu un véritable coup de foudre lors de leur première rencontre. À la seule vue de son bien-aimé franchissant le seuil de la porte du restaurant où ils se sont donné rendez-vous, Caroline s’agite sur son siège et se met à rougir, pendant que son cœur se met à battre la chamade. Mêmes «symptômes» du côté de Pierre dont le mains deviennent soudainement moites. En présence l’un de l’autre, Pierre et Caroline ne se possèdent plus: ils sont amoureux. 

«Les amoureux sécrètent de la phénéthylamine, un composé naturel chimique qui déclenche la joie, l’excitation et l’euphorie», explique Normand Voyer, professeur au Département de chimie qui a prononcé une conférence sur le thème «La chimie de l’amour», le 14 février au pavillon Adrien-Pouliot. «L’imagerie médicale permet même de voir, dans le cerveau, les zones stimulées par celui ou celle qu’on aime, révèle le chimiste. L’amphétamine naturelle qu’est la phénéthylamine stimule à son tour la sécrétion de la dopamine, un composé qui améliore l’humeur, ainsi que la norépinéphrine, un euphorisant. Voilà ce qui explique la sensation de bonheur éprouvée au simple son de la voix aimée.»

Tout est dans la tête
En fait, l’amour aurait tendance à exciter les mêmes régions cérébrales que des drogues dures comme la cocaïne, a souligné le conférencier. De plus, comme pour les autres drogues, une sorte d’accoutumance vient mettre un terme à l’état paradisiaque dans lequel baignent  les amoureux. L’effet du coup de foudre durerait ainsi de 18 mois à quatre ans, selon les personnes. Après cette période, le cerveau des amoureux produit de l’ocytocine, aussi appelée l’hormone de l’attachement, que sécrète aussi la mère qui allaite son bébé. «Les amoureux développent une dépendance l’un envers l’autre, dit Normand Voyer. Sans compter que l’ocytocine a un effet calmant sur l’organisme.» 

Cela dit, pourquoi choisit-on de vivre avec une personne plutôt qu’une autre? Qu’est-ce qui explique qu’on soit irrésistiblement attiré par quelqu’un? «Le cerveau humain jouit d’une grande plasticité et les expériences passées s’y accumulent et s’y impriment dans l’ordre et dans le désordre», fait valoir Michel Dorais, professeur à l’École de service social dans un essai paru en 1995 et réédité en format de poche en 2005, La mémoire du désir. Du traumatisme au fantasme. «Cela signifie que nos manques, nos frustrations, nos plaisirs et nos traumatismes constituent la matière brute encodée par nos neurones, indique le sociologue dans son ouvrage. Cette accumulation de sensations et de souvenirs va déterminer en bonne partie les perceptions et sensations à venir, et constitue la base des scénarios que nous nous jouons dans nos rapports sexuels d’adulte En somme, le désir représente une véritable machine qui enregistre et rejoue nos propres traumatismes.»